LES LACUNES DE LA CONSCIENCE

FREUD

 

     Dans la vie et l’œuvre de Sigmund Freud (1856-1939), les années 1880-1895 sont celles de la lente élaboration de la psychanalyse en tant que méthode thérapeutique. Plus tard, pendant les années 1900-1905, cette méthode étend son champ d’investigation et prouve qu’elle peut éclairer certains phénomènes remarquables de la vie normale, tels que les rêves, les actes manqués ou les mots d’esprit (L’Interprétation des Rêves paraît en 1900, la Psychopathologie de la Vie quotidienne en 1901, Le Mot d’esprit et ses Rapports avec l’inconscient en 1905). Un tournant important a lieu en 1920, lorsque Freud, pour rendre compte du fonctionnement de l’appareil psychique, ne se contente plus d’invoquer l’opposition de la conscience et de l’inconscient, mais suppose un système de trois instances, le « ça », le « moi » et le surmoi ».

     C’est toutefois un autre moment encore de cette vie et de cette œuvre que notre approche philosophique va privilégier, un moment qui a lieu quelques années avant ce tournant, en 1915-1916. Freud éprouve alors le besoin de clarifier certains concepts théoriques fondamentaux de la psychanalyse, en particulier le concept de pulsion, celui de refoulement et celui d’inconscient. Le résultat de cette clarification est le livre intitulé Métapsychologie.

     Parmi les concepts sur lesquels Freud est amené à s’expliquer dans ce livre, le plus fondamental est incontestablement le concept d’inconscient. Si Freud, comme il l’écrit en 1900 dans une lettre adressée à l’un de ses amis, est « un conquistador, un explorateur », c’est le monde de l’inconscient qu’il a conquis et exploré. Or à un explorateur, on demande d’avoir « réellement découvert quelque chose », ajoute Freud dans la même lettre : l’explorateur de l’inconscient a-t-il réellement découvert quelque chose ?

     Ceux qui répondent par la négative à cette question raisonnent de la façon suivante. Pour que l’expression « découverte de l’inconscient » ait un sens, disent-ils, il ne faut pas prendre le mot « inconscient » dans son sens le plus large en lui faisant désigner de façon banale l’univers hétéroclite de tout ce qui n’est pas conscient. Il faut assigner à ce mot un domaine spécifique, ne l’utiliser qu’à propos d’idées, de désirs, de calculs, bref de réalités psychiques : c’est bien ce que fait Freud, et c’est la raison pour laquelle il baptise sa théorie la « psychanalyse ». Mais dans ce cas, poursuivent les adversaires, Freud n’a rien pu découvrir, car il est impossible par principe que quelqu’un ait une idée, éprouve un désir, effectue un calcul, et ne soit pas conscient d’avoir cette idée, d’éprouver ce désir, d’effectuer ce calcul. Tout ce qui est psychique est nécessairement conscient.

     Freud est donc un conquistador, un explorateur, à qui l’on objecte que ce qu’il prétend conquérir et explorer n’existe pas, ne peut pas exister. Pour savoir comment il répond à cette objection, ouvrons la Métapsychologie au chapitre intitulé « L’inconscient ».

  

 

 

 

     Dans la Métapsychologie, le chapitre consacré à l’inconscient commence par une « justification de l’inconscient » : Freud y défend, explique-t-il, son « droit d’admettre un psychique inconscient et de travailler scientifiquement avec cette hypothèse ». Car il s’agit, selon lui, d’une hypothèse nécessaire : « les données de la conscience » étant « extrêmement lacunaires », nous ne pouvons faire autrement que de supposer l’existence de l’inconscient.

     Quand il énonce cet argument, Freud s’adresse clairement à des adversaires qui estiment que l’hypothèse en question doit être rejetée, non parce qu’elle serait réfutée par l’expérience, mais parce qu’il est absurde de la formuler. Il est absurde selon eux d’admettre que quelqu’un pourrait concevoir une idée sans savoir qu’il la conçoit, éprouver un sentiment sans savoir qu’il l’éprouve : le psychisme ne peut être que conscient, par définition. En affirmant que c’est justement une propriété manifeste du psychisme conscient, son caractère lacunaire, qui nous oblige à supposer l’inconscient, en suggérant par conséquent que ses adversaires eux-mêmes ne devraient pas pouvoir éviter de formuler cette hypothèse, Freud entend donner une portée universelle à sa justification : le mot « inconscient » renvoie dans ce passage à un concept auquel tout un chacun est forcément conduit pour peu qu’il prenne garde aux évidentes lacunes de sa conscience. Freud ne justifie donc pas ici l’inconscient en homme détenteur d’un savoir spécialisé, en homme pouvant parler au nom d’une expérience acquise grâce à la psychanalyse. C’est seulement ensuite qu’il s’exprimera de cette façon sur l’inconscient, particulièrement dans une section ultérieure du même chapitre, section intitulée « Les propriétés particulières du système Ics » : il faut donc attendre cette section pour savoir ce que donne l’hypothèse de l’inconscient psychique, hypothèse que chacun est d’emblée contraint de former, quand on « travaille scientifiquement » avec elle.

     Il n’y a évidemment rien d’étonnant à ce que ce travail scientifique nous apprenne sur l’inconscient toutes sortes de choses dont nous ne pouvons avoir la moindre idée au moment où nous éprouvons seulement la nécessité d’en former l’hypothèse. Quelque chose toutefois devrait demeurer constant pour que l’hypothèse soumise au travail scientifique de quelques-uns soit bien identique à l’hypothèse qui s’impose à tous comme inévitable : le concept d’inconscient devrait rester le même. Les « propriétés particulières » que révèle le travail scientifique mené par Freud devraient être les propriétés particulières de l’entité que chacun est contraint de supposer quand il est confronté aux lacunes de sa conscience. Or le lecteur de la Métapsychologie qui passe de la « justification » aux « propriétés particulières » ne peut manquer de trouver que le concept d’inconscient change entre temps : ce n’est apparemment pas du même inconscient que Freud nous parle dans les deux cas.

     Ne considérons pour le moment que le premier concept d’inconscient, celui qui est rendu nécessaire par les lacunes de la conscience. La seule chose que des lacunes peuvent en général rendre nécessaire est l’opération consistant à les combler afin de restaurer une continuité. Appliqué à la conscience et à ses « données », l’adjectif « lacunaire » signifie alors que notre conscience ne nous donne pas tout ce qui serait requis pour la compréhension de ce qu’elle nous donne, et qu’il nous faut souvent, par exemple, intercaler une foule de raisonnements que nous n’avons jamais eu l’impression de tenir si nous voulons relier de façon sensée une idée consciente avec l’idée consciente qui lui succède. Ce que Freud appelle « hypothèse de l’inconscient psychique » n’est rien d’autre que la supposition que ces raisonnements intermédiaires ont bien été tenus par nous, mais inconsciemment. Sommes-nous vraiment contraints de faire cette supposition ? Oui, si nous nous faisons déjà une certaine idée du psychisme, si nous admettons que le psychisme ne présente en lui-même aucune lacune, si nous le concevons comme une continuité sensée, comparable au texte intégral d’un livre. Le lecteur d’un livre dont certaines pages sont maculées, dégradées, effacées ou arrachées n’imagine pas un seul instant que ce qu’il a en main lui donne la totalité du livre : il fait nécessairement l’hypothèse que le texte manquant a été écrit, que ce texte existe. À lui, ensuite, de « travailler » à reconstituer ce texte comme il le peut.

     Telle est bien l’idée que Freud se fait du psychisme, comme le montrent les exemples qu’il choisit pour rendre sensible au lecteur le caractère lacunaire des données de la conscience. Dans la liste qu’il propose ne figure aucune perte effective de conscience, aucune éclipse de l’activité psychique sous le coup d’un évanouissement ou d’un coma. Il n’envisage, sous le nom de « lacunes », que des phénomènes susceptibles de nous intriguer parce qu’ils ne semblent pas pouvoir s’intégrer à la vie psychique de l’individu. À cette catégorie de phénomènes appartiennent les actes manqués (oublis, lapsus, maladresses, méprises, et généralement toutes les conduites échouant de façon incompréhensible), les rêves et les symptômes névrotiques. Il y a une lacune, un hiatus entre l’intention qui préside à une conduite et le ratage lamentable de cette conduite, entre ce qui préoccupe un individu à l’état de veille et ce dont il rêve pendant son sommeil, entre le niveau d’intelligence d’un névrosé et le comportement aberrant qu’il adopte en telle circonstance. La nécessité de supposer l’inconscient équivaut bien ici à la nécessité de restaurer le texte manquant, d’interpoler les éléments susceptibles de rattacher l’échec à l’intention de réussir, les images du rêve aux pensées de la veille, l’obsession aux capacités intellectuelles du sujet.

     Tel que Freud le justifie au commencement de son chapitre, le concept d’inconscient semble donc pouvoir être résumé en deux propositions. Selon la première, le trait caractéristique fondamental de l’inconscient psychique, c’est d’être inconscient. Selon la seconde, le psychisme inconscient est à part cela parfaitement identique au psychisme conscient. La première proposition renvoie à l’idée que l’inconscient est la partie cachée du psychisme, et qu’il y a sans doute des raisons pour que cette partie soit cachée, censurée : l’inconscient mérite son nom parce qu’il est interdit de conscience. La seconde proposition renvoie à l’idée d’un texte manquant à reconstituer pour retrouver la continuité du texte intégral : cela suppose que le texte censuré esst écrit dans la même langue que le texte non censuré, autrement dit que la pensée pense toujours de la même façon, qu’elle soit cachée ou non, censurée ou non, consciente ou inconsciente.

     Mais quand nous abordons la section ultérieure consacrée aux « propriétés particulières du système Ics », nous découvrons chez Freud un nouveau concept d’inconscient, que nous ne pouvons résumer qu’en prenant le contre-pied des deux propositions antérieures. Notre première proposition est désormais : le psychisme inconscient est complètement différent du psychisme conscient. Ou, pour reprendre l’image précédente : le texte censuré est écrit dans une autre langue que le texte non censuré. Et notre seconde proposition devient : être inconscient n’est pas du tout le trait caractéristique fondamental de l’inconscient. Car son trait caractéristique fondamental, maintenant, c’est d’être écrit dans une autre langue. Ces deux propositions transparaissent dans le titre de la nouvelle section : le psychisme inconscient a des « propriétés particulières », différentes de celles du psychisme conscient, et ces propriétés ne le caractérisent pas en tant qu’il mérite d’être décrit comme inconscient, mais en tant qu’il constitue objectivement le « système » désigné par l’abréviation « Ics ».

     Quelles sont donc ces propriétés particulières que découvre, selon Freud, celui qui travaille scientifiquement avec l’hypothèse de l’inconscient psychique ? Alors que la pensée consciente s’efforce d’éviter la contradiction, l’inconscient associe facilement des idées contraires pour former toutes sortes de compromis. Alors que pour la pensée consciente la simple association de deux idées dans notre esprit ne suffit pas à établir entre elles une véritable communauté, l’inconscient prend prétexte du moindre lien, aussi futile soit-il, pour « déplacer » vers la seconde idée l’énergie investie sur la première, ou pour « condenser » sur une seule idée les investissements auparavant attachés à plusieurs. Alors que la pensée consciente a pour règle que tout ne peut pas se faire en même temps, l’inconscient ne tient aucun compte du temps. Enfin, alors que la pensée consciente respecte le principe de réalité et prend en considération le coefficient d’adversité des choses, l’inconscient n’obéit qu’au principe de plaisir, à l’exigence d’une satisfaction immédiate. Nous avons bien affaire à deux systèmes, cohérents l’un et l’autre et incompatibles entre eux : le texte inconscient n’a pas la même logique que le texte conscient. Et c’est bien cette logique, et non le fait d’être inconscient, qui caractérise l’inconscient. La preuve en est que nous pouvons nous amuser à appliquer la logique de l’inconscient à des contenus parfaitement conscients, et qu’il se passe alors quelque chose, une petite victoire du principe de plaisir sur le principe de réalité : tel est soutient Freud, le mécanisme du comique verbal, principalement du mot d’esprit.      

     Nous voici donc en face de deux thèses freudiennes sur l’inconscient : l’une affirme que l’inconscient est la partie manquante d’un texte lacunaire que l’on peut reconstituer dans son intégralité grâce à des interpolations correctes, l’autre affirme que l’inconscient est un système autonome, fermé, qui ne saurait s’intégrer avec le système conscient dans un discours commun. Devant ce genre de situation, nous pouvons dénoncer l’incohérence de l’auteur, ou faire le pari que cette incohérence apparente s’intègre dans une cohérence supérieure. Si l’auteur est un véritable maître à penser, le choix de la générosité s’avère plus instructif que celui de la critique. Et de fait, nous en apprendrons davantage sur les lacunes de la conscience, sur les actes manqués, les rêves et les névroses, si nous les interprétons en mobilisant à la fois la première et la seconde thèse freudienne sur l’inconscient.

     Commençons par ces conduites que les psychanalystes nomment ironiquement des « actes manqués », alors que leur théorie consiste à soutenir qu’il s’agit d’actes particulièrement réussis. Car les oublis et les lapsus ne sont des actes manqués que pour celui qui refuse l’hypothèse de l’inconscient psychique. Si le psychisme était conscient de part en part, si l’intention consciente de tenir telle promesse ou de prononcer telle parole ne risquait pas de rencontrer face à elle, venant de l’inconscient, l’intention de bafouer ladite promesse ou de contredire ladite parole, seul le mécanisme corporel dont nous subissons la fatigue et les dérèglements pourrait expliquer pourquoi la promesse n’est pas tenue, pourquoi une autre parole est prononcée. L’oubli ou le lapsus résulterait alors de la perturbation d’une intention, donc d’un ratage. Et comme il n’y aurait pas d’intention contraire, mais seulement une perturbation mécanique, ce ratage serait dépourvu de signification : il revient au même de considérer qu’un acte manqué est manqué et de refuser de lui donner un sens. Inversement, l’hypothèse de l’inconscient doit permettre à la fois de donner un sens aux actes manqués et de montrer qu’ils sont réussis. Or ces deux objectifs correspondent exactement aux deux thèses freudiennes sur l’inconscient. Car pour donner un sens à l’oubli, ou au lapsus, il faut d’abord le concevoir comme une lacune, imaginer un texte manquant et tenter de le reconstituer en intercalant, entre l’intention consciente et l’acte, l’intention inconsciente de ne pas commettre l’acte ou d’en commettre un autre. Mais il faut admettre en outre que cette intention inconsciente n’exerce pas sur la première une simple perturbation, que sa tendance propre, sa « propriété particulière », est plutôt de former avec elle un compromis, de permettre au sujet de faire ce qu’il doit faire tout en satisfaisant son désir de faire le contraire, mais sur un mode non sérieux, comme un simple oubli, un simple lapsus excusable par la fatigue, etc. L’oubli et le lapsus sont ainsi des petits chefs d’œuvre du système Ics, des façons subtiles de céder au principe de plaisir sans transgresser ouvertement le principe de réalité.

     Cette collaboration des deux thèses freudiennes sur l’inconscient suffit-elle pour que nous les jugions finalement cohérentes malgré leur incompatibilité apparente ? Voyons si l’analyse des rêves confirme celle des actes manqués. De même qu’il ne voit dans ces actes que des intentions perturbées dont l’échec ne mérite pas qu’on lui donne un sens, l’adversaire de Freud considère les rêves comme l’expression d’une pensée désorganisée par le sommeil, ouverte à toutes les sollicitations extérieures, et estime en conséquence qu’il est vain de les interpréter comme s’ils avaient un message à nous transmettre. Freud doit donc de nouveau lui répondre sur le double plan du sens et de la réussite. En montrant comment le rêve accomplit un désir refoulé, l’interprétation freudienne transforme une sorte de rébus en un texte intelligible, pouvant s’insérer dans le texte intégral de la vie psychique. Mais elle ne peut le faire sans invoquer en même temps les propriétés particulières de l’inconscient : d’abord le déplacement et la condensation, qui permettent de déguiser le désir à accomplir ; ensuite l’indifférence au temps, qui permet de représenter comme déjà accompli ce désir qui ne l’est pas encore, et par conséquent de le « rêver » ; enfin, et surtout, l’indifférence à la contradiction, qui assure la réussite du rêve lui-même, du compromis entre le désir de dormir et le désir de se réveiller, à condition précisément que ce dernier désir soit déguisé et représenté comme déjà accompli. Le rêve n’est pas un échec de la pensée consciente perturbée par le sommeil, c’est une réussite de la pensée inconsciente protégeant le sommeil.

     Mais si l’acte manqué et le rêve sont des compromis aussi réussis, leur interprétation ne revient-elle pas à transformer une solution en problème ? Reconstituer le texte manquant, rendre conscientes des impulsions contraires que l’inconscient seul parvenait à concilier, n’est-ce pas confronter la conscience à une difficulté qu’elle sera incapable de surmonter ? La collaboration des deux thèses sur l’inconscient porte en elle le risque d’un conflit entre le point de vue du sens et celui de la réussite. Et ce conflit devient ouvert lorsque la psychanalyse aborde l’objet pour lequel l’étude des actes manqués et des rêves ne fournit qu’un modèle : les névroses et leurs symptômes. Comme l’acte manqué, comme le rêve, le symptôme névrotique a un sens. C’est, nous dit Freud, la commémoration anachronique d’un traumatisme passé : le névrosé revit une scène traumatique qu’il est incapable de raconter. Le principe de la cure est alors de lui permettre de transformer cette commémoration en remémoration, de retrouver ainsi le texte manquant et de l’intégrer dans le récit unique de sa mémoire. Mais le symptôme névrotique est également une réussite du système Ics et des propriétés particulières qui l’autorisent à concilier tant bien que mal des pulsions contraires sans tenir compte du temps ni des exigences de la réalité. C’est pourquoi le névrosé peut toujours voir dans sa névrose une solution plutôt qu’un problème, et dans son éventuelle guérison un problème plutôt qu’une solution. Le psychanalyste a donc affaire à un malade qui tient en quelque sorte à sa maladie et résiste à ses efforts.

     Qu’est-ce qui peut surmonter, chez le névrosé, la tentation de préférer sa névrose à la guérison ? Jusqu’à un certain point, le moteur de la cure est purement intellectuel, le malade étant amené à comprendre que sa résistance même prouve la vérité de l’interprétation proposée : l’obstacle suscité par cette résistance est alors transformé en auxiliaire de la remémoration. Mais ce n’est pas là, selon Freud, qu’est le principe décisif de la cure. La pénétration intellectuelle du malade, explique-t-il, ne suffirait jamais à vaincre sa résistance si elle ne s’appuyait sur une attitude de dévotion à l’égard du médecin, transformant les conceptions de ce dernier en articles de foi. Cette attitude, Freud la nomme « transfert » parce qu’elle consiste, de la part du névrosé, à transférer sur la personne du médecin les sentiments qui sont à l’origine de sa névrose. Le transfert appartient aux ressources particulières du système Ics : c’est un déplacement substituant à la maladie antérieure une sorte de nouvelle névrose qui ne se rapporte plus qu’aux relations entre le patient et son médecin. Ce dernier peut alors s’orienter dans une affection qu’il a vu naître et se développer, et dont il occupe le centre. Par conséquent, si le principe de la guérison est la remémoration complète, la réintégration des contenus inconscients dans la conscience, bref ce qui relève de la première thèse sur l’inconscient, c’est de la seconde thèse exclusivement que relève le moteur de la guérison, celle-ci consistant à supprimer une maladie engendrée par la cure elle-même.

     La dualité se maintient donc jusqu’au bout entre le concept d’inconscient que suggèrent les lacunes de la conscience et le concept d’inconscient qu’élabore l’analyste en fonction de son expérience spécifique. Aucun des deux concepts n’absorbe l’autre, et ils ne sont absorbés ni l’un ni l’autre dans une synthèse supérieure. Il valait toutefois la peine d’être généreux, de considérer qu’on en apprendrait davantage, sur les formations de l’inconscient, en pariant sur la complémentarité des deux thèses qu’en dénonçant trop vite leur incohérence.

 

En lien avec cette étude, on pourra lire, dans le chapitre "Explications de textes":

- Freud: L'inférence de l'inconscient

Et dans le chapitre "Notions":

- Le Plaisir

 

 

 

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